Marshall McLuhan l’a expliqué il y a 44 ans: « le médium est le message ». Transformant nos perceptions, le réseau Internet a imprimé sa marque sur la communication telle que nous la pratiquons. On lui devait déjà le mode de conversation atomisée et asynchrone pratiqué sur les blogues. Il conditionne aussi, désormais, notre approche de la Web vidéo.
Il y a un rapprochement évident à faire entre le caractère éclaté du réseau Internet et le style de montage vidéo qui s’avère le plus apte à capter l’attention des internautes, aujourd’hui, notamment les plus jeunes. J’en ai découvert une illustration assez frappante, il y a quelques semaines, en visionnant deux vidéos destinées à promouvoir l’Heure de la Terre, un événement participatif à caractère écologique organisé par le Word Wildlife Fund.
La première vidéo est justement signée par la WWF. Une série de plans cinématographiques illustre un texte récité avec emphase par l’acteur américain Jeremy Piven, sur fond de musique pompeuse. Le concept de l’événement y est exposé dans le plus pur style « vidéo corporative ». La qualité est impeccable, le tout est très professionnel et… à mourir d’ennui.
Rien à voir avec cette vidéo, nettement plus accrocheuse, entièrement réalisée par le jeune humoriste torontois Derek Forgie. Pas de mise en scène cinématographique. Pas de musique pompeuse. Pas de plan aérien — rien qu’un animateur crédible et allumé qui, en se filmant lui-même, nous livre son message en nous regardant droit dans les yeux.
Derek a eu l’excellente idée d’enregistrer sa narration à plusieurs reprises et toujours dans la rue. En arrière-plan, on découvre un transformateur électrique, le bureau local de la WWF, une plaque murale de Toronto Hydro, des immeubles commerciaux, l’Hôtel de ville de Toronto et la devanture d’un grand magasin : rien que du quotidien ! Il a varié les angles afin de dynamiser l’image, puis a monté le tout comme on tisse un patchwork, alternant les bribes de séquences au rythme de son propos.
Au final, ce discours « éclaté » dans l’espace et dans le temps retrouve sa continuité de départ, mais ce n’est plus un discours linéaire « classique » plaqué sur des images de circonstance. Il s’agit d’un collage de moments et de lieux distincts, restitués à l’état brut (style « reportage ») et habilement superposés au montage.
Le caractère asynchrone de ce petit film n’a rien à voir avec les ellipses du cinéma classique. À la limite, on aurait pu choisir de mettre en scène plusieurs personnages composant le même discours dans des temporalités et des lieux différents, comme cela se fait couramment dans les publicités télévisées. On aurait alors abouti à un effet de conversation unifiée, à l’image même de celles qui ont cours sur un blogue. Sous un angle strictement publicitaire, cela aurait favorisé l’identification instinctive du spectateur avec les messagers. Mais le locuteur unique (et talentueux!) offre, dans ce cas-ci, beaucoup plus de connivence et augmente ainsi la force de persuasion.
La vidéo n’est pas une conversation bi-directionnelle en soi, mais il est intéressant de constater qu’elle peut en répliquer l’essence. Si les blogues sont le produit communicationnel des technologies de réseau asynchrones et décentralisées (Internet), on peut légitimement se risquer à affirmer que la Web Vidéo est le produit multimédia de la conversation telle qu’elle se pratique dans les blogues.
Il y a des enseignements simples à tirer de cette hypothèse :
- Pour être crédible dans une Web vidéo, il est moins important d’impressionner que d’être « vrai ».
- Trois inconnus livrant un discours convergent en mode asynchrone seront plus efficaces, en multipliant ainsi les angles cognitifs, qu’une grosse vedette livrant le même discours de façon linéaire.
- Ce n’est pas l’importance des moyens mis en oeuvre qui fait la différence, c’est leur adéquation à la communication Web et, surtout, la façon dont on les utilise.
- Chaque billet de blogue est, on le sait, le point de départ d’une conversation à plusieurs éclatée dans l’espace et dans le temps. De la même manière, chaque Web vidéo est le point de départ d’une conversation entre un émetteur et des récepteurs qui réémettent vers d’autres récepteurs, et ce idéalement à l’infini, selon le shéma de la longue traîne.
C’est cette conversation virale qui constitue le produit communicationnel recherché — et non la vidéo elle-même, qui n’en est, finalement, que la mèche « allumée ». ![]()




Test Live du plugin vidéo Seesmic pour Wordpress
Avec Seesmic, je suis partagé entre l’amour et le rejet. J’adore l’initiative de populariser la vidéo comme outil de communication interpersonnelle sur Internet. Par contre, je trouve parfois exagérée la stratégie de bruit (buzz) employée par Loic. Au final, il faut reconnaître qu’il a réussi sa mission qui est “Parlez de moi en bien ou parlez de moi en mal, mais parlez de moi !“. Pour preuve, j’en suis à mon 4e article sur Seesmic!
La réalité sur les commentaires vidéo
Pour le lancement de son plugin Wordpress, Seesmic met Michael Arrington (un de ses investisseurs) dans sa poche afin d’ajouter une fonction de commentaire vidéo à TechCrunch (M.A.J: suite à des problèmes de serveur chez Seesmic, Michael Arrington mécontent a débranché le plugin des blogues de TechCrunch). La réaction des lecteurs du plus populaire des blogues Web2 ne s’est pas fait attendre avec plus de 164 commentaire à ce jour, dont un nombre significatif en vidéo.
Quelles sont les limites du commentaire vidéo ?
La principale hantise d’un blogueur est le spam des commentaires. Pour y faire face, il faut s’armer d’un arsenal technologique des plus pointus, ou bien limiter l’accès aux seules personnes inscrites. Loic Le Meur et notre amie Michelle Blanc avaient utilisé pendant longtemps cette technique. Le problème est que l’on perd le lien avec une partie de son lectorat qui en a assez d’avoir des comptes sur 36 sites.
Quand j’avais discuté la première fois d’ajouter une fonction vidéo aux commentaires des blogues, Christian m’avait très justement souligné le problème du spam. À part manuellement, comment filtrer une vidéo ? Contrairement à Brij, je pense qu’il sera bien plus difficile de contrer ce type de pollution numérique. TechCrunch vient d’ailleurs d’en faire les frais en inaugurant l’un des premiers spam vidéo en commentaire (un “vlam” ?).
Doit-on laisser tomber les commentaires vidéo?
On peut regretter qu’il ne soit pas possible d’écrire un texte à côté de sa vidéo, pourtant excellent pour le référencement. Mais, il est plus facile de soulever les petits problèmes que de reconnaître l’énorme pas en avant fait en matière de communication. La fonction d’insertion de vidéo directement dans le corps de l’article est par exemple très bien vue.
Je vais tester Seesmic sur VideoPresse pendant quelque mois. Tout d’abord, parce que je suis curieux de toutes les innovations autour de la Web vidéo. Ensuite, parcequ’avec ce plugin Wordpress, je reconnais l’excellent mouvement d’ouverture effectué par la bande de Loic.
Si vous êtes curieux comme moi, je vous invite à tester Seesmic grâce à la fonction de commentaire vidéo en bas de la page.
N.B : Seesmic est actuellement en version Alpha privée. Il faut avoir une invitation pour l’utiliser… sauf si vous passez par le bouton d’inscription dans l’espace commentaire vidéo en dessous
M.A.J : Une option du plugin de Seesmic permet de poster des commentaires en “anonyme”. C’est-à-dire que vous n’êtes pas obligés d’ouvrir un compte sur Seesmic. Great news!
M.A.J 2 : Seesmic prépare un plugin pour MovableType et TypePad. Quand on connait la relation entre Loic et Six Appart, l’opération ne parait pas étonnante.