Archive for July, 2008

Sexe, mensonge, fausse pub et Web vidéo

Hier matin, sur le blogue de Yannick Manuri, j’ai découvert une fausse publicité virale pour la bière Guiness diffusée sur YouTube. La célèbre boisson y est associée à l’habile suggestion d’une relation sexuelle entre une femme et quelques hommes. La compagnie exploitant la marque a évidemment réagi en désapprouvant formellement cette parodie. Youtube n’a pas encore retiré le clip et cela ne m’étonne pas, puisque je le trouve moi-même intéressant à plus d’un titre.


Guinness naked viral

L’aspect didactique

Cette fausse pub pousse un cran plus loin l’attitude d’exploitation psychosociale de la sensualité, de la jeunesse et du corps féminin auquel les publicitaires s’adonnent déjà depuis des lustres au profit de commerces de tout acabit — boissons, voitures, vêtements, meubles et j’en passe. Le terrain étant bien préparé, il n’est pas étonnant que plusieurs commentateurs — et commentatrices!– de Yannick avouent l’avoir appréciée. Il n’y a d’ailleurs rien d’explicitement obscène à l’écran. La connexion cognitive avec l’image d’une relation sexuelle orgiaque créée dans l’esprit du webspectateur lui appartient totalement (enfin, presque, comme le précise Martin en commentaire). D’où cette impression de plaisir polisson, mais non coupable.

C’est le même phénomène qui est à l’œuvre lorsqu’on présente une boisson houblonnée dans un contexte qui ne lui est absolument pas associé dans la réalité, mais que nos perceptions et mémoires cognitives associent à une émotion positive. La bière et le party, par exemple. La bière et le flirt lascif avec cette belle fille assise, là, au bar. La bière et le rock & roll à fond la caisse, baby. La bière et le pouvoir régénérant de la nature et de l’océan — ah ben tiens, ça c’est nouveau et cela en dit long sur l’évolution actuelle de notre société, j’y reviendrai dans un instant…

The last campaign for Guinness, created by Abbott Mead Vickers. BBDO, was a press campaign earlier this year to push the drink ahead of the start of the sporting summer. The strapline, “You can almost taste it”, drew connections between a pint of Guinness and natural scen­ery, including the ocean.

Bref, en passant de la sensualité lascive à l’allusion sexuelle explicite, ce pastiche fort bien réalisé donne à voir les ressorts subliminaux profonds du discours publicitaire traditionnel. De ce fait, il m’apparait plus didactique que scandaleux. D’une certaine manière, on peut le regarder comme on regarde une oeuvre d’art.

L’aspect politique

Par exemple, J’ai l’impression que ce genre de détournement rééquilibre quelque peu la relation de pouvoir qui existe, à travers la publicité, entre les sociétés commerciales et les simples citoyens que l’on a pris soin de déshumaniser en les baptisant « consommateurs ». Après des décennies au cours desquelles la pub a manipulé, sans se poser trop de questions éthiques, la psyché collective, voici que la manipulation n’est plus à sens unique et que les images de marque sont elles-mêmes détournées sans vergogne.

Dans le premier cas, la manipulation mentale est désignée par le noble terme de « création publicitaire ». Dans le second, on parlera plus simplement de piratage et d’atteinte à l’image de marque, celle-ci étant protégée par le système juridique des marques de commerce. Pourtant, au fond, il s’agit essentiellement du même phénomène : un mensonge ou, si vous préférez, une fausse promesse destinée à créer une émotion positive à travers une association cognitive artificielle. Pensez à toutes ces pubs automobiles qui, au premier degré, nous vendent une belle fille sexy ou un excès de vitesse criminel.

Reste à évaluer le mobile de ces deux types de manipulations. Dans le cas de la publicité commerciale, il s’agit de provoquer un acte d’achat aux finalités strictement économiques et financières. Dans le second, comme par exemple ce pastiche Guiness, il s’agit de provoquer une distanciation cognitive et, au final, une prise de conscience sociale. C’est, en tout cas, ce que je me plais à croire jusqu’à de plus amples informations sur les motivations réelles des auteurs de ce clip.

L’aspect techno-sociologique

Après avoir malmené le système institutionnalisé de protection des droits d’auteur appliqué aux industries médiatiques, musicales et cinématographiques, il est clair que les technologies numériques associées au réseau Internet commencent à malmener également le système de protection des images de marque. Les œuvres artistiques numérisées et les images de marque ont en effet ceci en commun, qu’elles sont immatérielles et peuvent donc être produites, copiées, modifiées et rediffusées à l’infini.

Par ailleurs, l’amélioration permanente des outils numériques et leur production de masse en font sans cesse baisser la courbe d’apprentissage et les coûts. La réalisation d’un tel pastiche ou la diffusion massive d’une information sont maintenant à la portée de n’importe qui d’assez intelligent et déterminé pour s’en donner la peine. Il est donc à prévoir que les détournements d’images de ce genre vont, à l’avenir, se multiplier.

Et la « comm », dans tout ça ?

Je trouve assez intéressant que Guiness ait récemment choisi d’associer sa marque avec la nature, comme on l’a vu plus haut, plutôt qu’avec l’énergie festive de la jeunesse et la sexualité. Même s’il s’agit toujours d’une exagération publicitaire aux finalités mercantiles, cela dénote un glissement de la psyché collective vers des valeurs plus naturelles, permanentes, essentielles, liées à l’être plutôt qu’à l’avoir et au paraitre.

Tout comme le monde de la pub, celui de la communication a cruellement besoin de faire son examen de conscience afin de mieux répondre aux exigences de notre époque. Je crois profondément qu’il est fini, ce temps où des spins doctors en relations publiques manipulaient sans état d’âme les journalistes — souvent consentants, il faut bien le dire — et rédigeaient des communiqués de presse ronflants et triomphants afin de faire mousser une information objectivement intéressante, mais sans plus.

Dans ce contexte, je crois que nous devons revenir à l’essentiel : des communications factuelles propres et bien faites, visant à servir l’intérêt public à long terme plutôt qu’à obtenir un gain corporatif artificiel à court terme. Bien sûr, c’est loin d’être aujourd’hui ce que tous nos clients nous demandent. Mais certains d’entre le font déjà, ayant compris qu’il est dans leur intérêt de positionner leur entreprise à long terme pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle prétend être. Il est également dans notre intérêt de faire comprendre cela aux autres.

Un aspirateur innovant et bien conçu n’a pas besoin de se cacher derrière une paire de seins pour être bien communiqué. Il en va de même pour une entreprise saine qui a tout à gagner à communiquer en profondeur, avec sincérité, en privilégiant les valeurs humanistes qui devraient idéalement sous-tendre chacune de ses actions économiques.

La communication Web vidéo est un outil particulièrement adapté à ce type de communication. Il n’est pas le seul, certes, mais il permet de mettre l’image, le verbe et l’humain au service des organisations mieux que n’importe quel autre. Nous en reparlerons…

12seconds.tv : Bienvenue dans l’ère de la nano discussion vidéo

12seconds.tv est un nouveau service de vidéo sur le Web, dont le principe est d’offrir uniquement 12 secondes pour passer son message. Dans la veine de Twitter et Seesmic, 12seconds.tv surfe sur la vague du microblogging.

Toujours plus vite, toujours plus court

Home | 12seconds.tv (alpha)Ce n’est pas le slogan des Jeux Olympiques de Beijing, mais ça pourrait être celui des nouvelles applications Web 2.0. À la plaisanterie, je disais il y a quelque temps à un ami que la prochaine étape du microblogging sera le 1 et le 0. Nous enverrons des impulsions pour indiquer notre état.

Entre “status” Facebook et états d’âme Twitter, nous sommes entraînés à communiquer en 140 petits caractères. Avec 12seconds.tv, le tour de force est encore plus important. Comment utiliser les émoticônes (smileys) et raccourcis dans une vidéo ? Peut-être à coup d’onomatopées et de langage des signes.

Plus sérieusement, 12seconds n’est pas nouveau dans le domaine. Depuis plusieurs mois, Seesmic et Flickr Video nous imposent chacun à leur manière un exercice de style vidéo du même genre. Si Flickr Video est proche de la carte postale vidéo, Seesmic se positionne clairement comme un Twitter vidéo.

La vidéo était une suite logique

Équipé d’un iPhone depuis une semaine, je goûte à la joie d’être éternellement connecté. Des applications mobiles comme Twittelator permettent d’enrichir son état d’une photo prise sur le vif et de la géolocalisation, si l’appareil intègre un GPS. Maintenant, vous savez ce que je pense, voyez ce que je vois et savez précisément où je me trouve.

La prochaine brique à cet édifice devait forcément être la vidéo. La technologie est déjà présente avec les nouveaux ordinateurs portables équipés de Webcam, les cellulaires intelligents, les réseaux WiFi et 3G qui quadrillent la ville. Entre la vidéoconférence et le live video mobile, comme Qik ou Flixwagon, 12seconds arrive à pont nommé pour répondre à un nouveau besoin de communication instantané.

12 secondes pour faire  quoi ?

C’est la question que je me suis posée, que Philippe et bien d’autres se sont également posée.  Si des personnes comme moi passent autant de temps à tester des sites comme 12seconds.tv, c’est pour trouver les applications qui vous permettront demain d’être plus performants dans votre communication. Je ne me prends pas pour Jésus, mais c’est vrai que nous avons un rôle d’évangélisateur. Pour bien conseiller, il faut comprendre les technologies, l’environnement, les évolutions. Et pour cela, il faut chercher, découvrir, tester.

De même que les grands médias (ex. : CNN et Canoë) utilisent désormais Twitter pour promouvoir leur fils d’information, il est facile d’imaginer une courte séquence en vidéo pour illustrer un texte. Ces vidéos pourraient être produites très rapidement, sans montage, presque à la volée. L’objectif étant d’informer toujours plus rapidement.


Pub Ovomaltine

PS: Si vous souhaitez une invitation pour 12seconds. laisser un message dans l’espace commentaire ;)

De Cupertino à Montréal, Apple montre comment utiliser la Web vidéo pour vendre son iPhone 3G

Steve Jobs est définitivement le roi du marketing. Comme aucun, il réussit à transformer le lancement d’un produit comme l’iPhone ou l’ouverture d’un Apple Store en vrai événement interplanétaire. Dans ce jeu de la communication «jobesque», la vidéo en ligne joue un rôle de premier ordre.

Apple Store MontrealHier, l’événement qui a secoué la communauté geek de Montréal fut l’ouverture du premier Apple Store de la ville, le second au Québec après celui de Laval. Au 1321 de la rue Sainte-Catherine Ouest, une foule immense attendait l’ouverture des portes du tant attendu magasin de la pomme. La file remontée sur la rue Crescent jusqu’au niveau de Maisonneuve. Je ne sais pas si le Pape aurait été mieux accueilli.

Pour une description des lieux et un album de photos détaillé, vous pouvez vous référer à l’article d’Heri sur Montreal Tech Watch. Six autres de mes amis étaient présents, plus tous ceux que je n’ai pas vu. Twitter était là pour lister les messages envoyés en direct de la place.

Pour immortaliser le moment, je me devais de réaliser une vidéo de l’entrée dans le temple de l’ego consommation prôné par Apple (j’avoue humblement y succomber). L’accueil est tout simplement incroyable. Les sourires, applaudissement et regards en coin donnent l’impression d’être un client unique pour lequel cette fête était organisée.

Comme le souligne Holly Buchanan, dans son article intitulé “iPhone 3G Shows How to Use Online Video to Sell Products“, Apple est passé maître dans l’art des vidéos promotionnelles sur le Web.

L’avantage du Net est de pouvoir cibler précisément ses clients. La première version du iPhone était clairement pour les «early adopter» et les fans d’Apple. Pour séduire un plus grand nombre, la compagnie de Cupertino a réalisé plusieurs vidéos pour démontrer la simplicité de chaque élément du produit, qui fonctionne au doigt et à l’oeil.

Le grand reproche fait à l’iPhone v1, fut qu’il ne pourrait jamais concurrencer le Canadien Blackberry, qui est particulièrement bien implanté en entreprise. En réponse, Apple a publié une vidéo de témoignages d’utilisateurs comme Disney et l’Armée américaine. Le poids des mots de professionnels reconnus est dans ce cas beaucoup plus fort que de belle image d’un produit en vitrine.